Bilan SAE de PAU Saison 2008-2009 - Un peu d'histoire...
Par Pierre le lundi 30 juin 2008, 12h07
Dans LES RENDEZ-VOUS DE LA MM
EDITO:
Si l’escalade est un monde à part (perché comme dis le jeune), le monde des cotations en est sa langue maternelle, son expression vernaculaire, ses tripes, sa peau, son cœur palpitant. Sans cotation, sans comparaison avec les autres, le voisin, l’ouvreur à quoi bon grimper. Sans référentiel pourquoi, le geste, le plaisir, le sentiment, l’amour ?
Aujourd’hui, où il nous faut travailler plus pour gagner plus, alors seul compte le chiffre brut, le résultat bas du plafond, sec et droit.
En dessous du 6 point d’existence, le grimpeur de 7 est béni des matières grasses, le 8 est réservé évidemment aux demi-dieux de l’Olympe.
Un bref retour à l’histoire récente permet de rafraîchir une mémoire qui semble entrer tout droit dans un nouvel épisode glaciaire.
Malgré tout un tas d’évolutions, de discussions, de commissions, le système actuel des cotations nous vient du divin Willo Welzenbach.
Welzenbach, qui était un des meilleurs alpinistes de sa génération (mort au Nanga Parbat) imagina en 1925 une échelle à 6 niveaux. Et cette première échelle reste toujours d’actualité pour 80% des grimpeurs pour peu qu’ils aillent tâter du caillou dans n’importe quelle course de nos Pyrénées !
Rappelons la :
I- F (Facile) Marche en terrain accidenté
II- PD (Peu Difficile) Utilisation des mains nécessaire
III- AD (Assez Difficile) Début de l’escalade
IV- D (Difficile)
V- TD (Très Difficile)
VI- ED (Extrêmement Difficile) Limite des possibilités humaines
Quand j’ai commencé l’escalade, les Rolling-Stones étaient des rebelles et les Sex-Pistols pas encore un produit marketing. Le 6 était la limite des possibilités humaines et le 7b n’existait pas, même pas à Bleau (premier 7a ; 1960 l’Abattoir quand même !). Quand tu ne t’entraînes pas (ou moins) que tu travailles (un peu) et que tu bois (beaucoup), ça le reste encore. Sur résine, il parait que les débutants progressent généralement dans le 4 et lit-on dans les textes officiels, sans pratique régulière de l'escalade, il est difficile de franchir le 6a.
Quand je lis le remarquable compte-rendu de Damien (en annexe), on m’explique ne pas « comprendre » ce que signifient des voies de cotation 3 que l’équipe de la M.M aimerait voir fleurir telles les roses au Printemps et que les voies faciles sont de « la quadrupédie verticale » et pas de l’escalade.
Les mots cachent souvent la pensée profonde de l’auteur et quand dans le langage courant, on appelle un chat, un chien les mots décrivent la dérive d’un monde à jamais perdu, celui des poètes, des éléphants et sonnent à tout jamais la fin du Rock & Roll et des chemises à fleurs.
Je suis allé faire quelques recherches sur le « Net » et j’ai trouvé ce truc effroyable dont il faut siroter l’intro aussi consciencieusement qu’un verre de pastis sous les marronniers d’Annot : pedagogie.ac-amiens
« Cette démarche (shéma d'ARZEL ) est indispensable pour dépasser l'approche techniciste. Elle aboutit à l'identification d'étapes caractéristiques résultant de la de l'activité globale du grimpeur et de la cohérence anthropologique de l'escalade. Situer le grimpeur dans son curriculum permet alors de comprendre et d'infléchir son projet, de lui proposer des situations signifiantes et adaptées, de l'aider à construire des compétences à partir de ses ressources propres, de se construire en tant que grimpeur. »
Moi qui croyais que l’acte de grimper était le plus simple. Une espèce de truc né dans la biologie de l’enfance, presque lié au premier matin du monde quand le premier homme a osé quitter ses oripeaux de primate, s’est redressé pour chercher avidement des yeux le soleil naissant et le gigot d’antilope. Et bien non ! On nous parle "de technique systématisée" et de "quadrupédie verticale contestée".
Alors, après ce court compte-rendu de Damien, je me rends compte, comme Monsieur Jourdain dans « le Bourgeois Gentilhomme » qui faisait de la prose sans le savoir, que je faisais de la "quadrupédie verticale" sans le savoir depuis 30 ans, que Rebuffat avant aussi, Rabada tambien et Bonatti anche (pardon pour les comparaisons).
"Dans la mythologie chinoise, le fondateur de la secte Tendai, Saicho, a représenté son idéal religieux sous la forme des 3 singes de la sagesse.
Les trois singes s'appellent Mizaru (l'aveugle), Kikazaru (le sourd) et Iwazaru (le muet). Plus précisément, leurs noms veulent dire "je ne dis pas ce qu'il ne faut pas dire", "je ne vois ce qu'il ne faut pas voir", et enfin "je n'entends ce qu'il ne faut pas entendre", car selon le principe de la secte originelle, si l'on respecte ces trois conditions, le mal nous épargnera. Il parait aussi que c'est une expression de la sagesse et du bonheur.
J’ai toujours pensé que la devise suspecte des trois singes était de la lâcheté...et l’escalade, pardon la quadrupédie verticale, la forme la plus aboutie du bonheur.
Il nous reste donc à trouver, tous ensemble (!) la sagesse…. Je sens que ça sera long !
Pierre Macia




Commentaires
Si quelqu'un a quelque chose à dire, qu'il le dise maintenant ou se taise à jamais ?
NON ? Personne ne veut rajouter quelque chose ?
Magnifique texte et analyse Pierre ... en espérant qu'il fasse peut être tomber les œillères de quelques uns et pourquoi pas ouvre le cœur de quelques autres ...
Toutefois, sur la pédagogie d'Amiens, plusieurs choses m'inquiètent là, maintenant, tout de suite :
1 - des individus usent de réflexion pour sortir des trucs pareils
2 - ils sont peut être même payés pour ça
3 - où est le cœur dans tout ça ; bien loin probablement car seul le grimpeur d'étape 1, ou plutôt le quadrupède à traction verticale, a le droit à l'émotion.
Merci pour ce texte qui arrive même à faire réfléchir les convaincus.