Henry Russell (1834 - 1909), Une vie pour les Pyrénées.
Par Pierre le lundi 26 janvier 2009, 14h26
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“Au sommet des montagnes, il y toute la distance qui sépare le plaisir du bonheur.”
Voilà 100 ans que Russell est mort à Biarritz dans la villa Christine . Lui qui aimait tant La Rhune ne put s’éloigner des Pyrénées et mourut un 5 février au pied de l’ultime soubresaut de la grande chaîne avant sa douce disparition au large du golfe de Biscaye.Une monumentale biographie est sortie aux Editions Sud-Ouest. Un pavé de 480 pages écrit par Monique Dollin du Fresnel, arrière petite nièce du comte Henry Russell.
Il sera difficile de faire plus complet tant le document à la belle
couverture bleue semble exhaustif ! On y voit un Russell jeune en costume de
laine, chapeau de feutre léger et bottes de cuir, le regard
perdu vers l’immensité glacée du Cirque de Gavarnie.
Pour nous pyrénéens, Russell est un précurseur, un aventurier, l’arrière grand-père sauvage et vagabond qui a tracé sa route et un peu de notre route sur les montagnes pyrénéennes. Il méritait cette biographie 100 ans après sa mort.
Comme il est dit dans la préface, l’homme aux semelles de vent appartient à la légende épique des conquérants des cimes, comme Ramond avant lui, le précurseur, l’aîné de la famille et Schrader, Brulle et Ledormeur, ses jeunes descendants. Ses textes ont enflammé l’esprit de toutes les générations de marcheurs. Sa poésie a bercé nos modestes aventures. Nos bivouacs ont été calqué sur les siens et nous aurions aimé nous aussi posséder le Vignemale pour 100 ans (même pour une année) ! Quelle joyeuse époque finalement faite de découvertes, de premières dans un pays sauvage sans route et sans moyen de transport.
Russell a beaucoup écrit. Son style épique, unique, poétique mais toujours précis ressemble à de la musique. La sienne fut écrite avec le vent sauvage du Cerbillona, de la Maladetta, du col Coronas.
Son récit de voyage “160 000 lieues à Travers l’Asie et l’Océanie” peu connu mériterait une meilleure place aux côtés des grands écrivains voyageurs comme Ella Maillard ou Alexandra David-Neel. Ce voyage qui va durer trois ans, de 1858 à 1861 raconte le vagabondage d’un apprentis aventurier, le jeune Henry Russell, qui part de Bagnères de Bigorre et va visiter en cette fin de 19ème siècle la Sibérie, Shanghai, Hong-Kong, Macao, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, Ceylan, les Indes jusqu’au pied de l’Himalaya.
Cet ouvrage connaîtra un franc succès lors de sa parution. Jules Verne parait-il s’en inspira abondamment pour écrire les aventures de Michel Strogoff.
Mais Henry Russell restera à jamais au panthéon du pyrénéisme pour ses “Souvenirs d’un montagnard” ce livre culte, ce monument littéraire qu’il faut avoir parcouru au moins une fois. Sublime et bancal, lyrique et fastidieux, sauvage et aristocratique, il est tout cela à la fois et ce texte formidablement moderne est la pierre angulaire de toute la littérature pyrénéiste. Jamais après sa lecture, vous ne marcherez en montagne de la même façon et vous ne regarderez le ciel, les nuages, la pluie comme avant. Il faut platement l’avouer Henry Russell a découvert, écrit et ressenti comme personne d’autre avant et comme personne d’autre n’a pu encore le faire aujourd’hui. Il est mort il y a 100 ans. Allons y faire un tour pour conclure. Essayons de raviver notre regard dans l’encre de l’aristocrate vagabond légèrement misanthrope :
“Chacun a sa manière d’étudier, de gravir et d’aimer les montagnes. Pour moi mes goûts n’ont pas changé ; et aujourd’hui comme il y a vingt cinq ans, ma joie suprême consiste à faire de longs séjours bien à mon aise à de grandes altitudes, y coucher par de belles nuits, et à rêver aux misères de la plaine, à ses brouillard à ses miasmes, sur des glaciers immaculés, sur des neiges virginales et dorées, où se promène solennellement la lune. Je n’y regrette aucune des inventions humaines qui font veiller, vieillir et quelquefois pleurer. Je suis heureux sans elles : car les tempêtes de l’Opéra ne valent pas celle du Grand Vignemale, le gaz est moins sublime que les éclairs, et entre les joies artificielles et celle de l’être libre et bien portant au sommet il y a toute la distance qui sépare le plaisir du bonheur.”
Henry Russell (1834-1909). Une vie pour les Pyrénées
Auteur : Monique DOLLIN DU FRESNEL
Nombre de pages : 480
Format : 15,5 x 24
Isbn : 978-2-87901-924-6
Prix : 18,00€



