Qu’est-ce qu’un site d’escalade ?  Peut-on considérer qu’ils ont toujours existé ? Qu’ils ont toujours été gérés par les communes ? Conventionnés par la fédé ?  Qu’est ce que le Col d’Ech, Trassouet, Pibeste, Pène Haute, Troubat, Granitic océan, La Devotas? Sinon au départ qu’un tas de cailloux vierge, sans intérêt touristique et économique ? Et qu’est-ce qu’un équipeur ? Sinon qu’un grimpeur isolé, porté par la recherche de la colonne parfaite, du mur bleu déversant, du bombé criblé de trous ?
 La plupart des sites ont été découverts, équipés, entretenus, défrichés par des bénévoles sur leur temps libre à une époque où la gestion de l’équipement était assuré par les grimpeurs pour les grimpeurs. C’est à dire GRATUITEMENT. 
Autonomes, responsables ils étaient capables de bouger un spit, d’en remettre un autre, de changer une sangle, une chaine, un maillon. Premier étage de l’entrainement vers la haute montagne, la falaise établissait une passerelle vers les grandes voies, vers l’Ossau, le Tozal, Montrebey…Confortables, d’altitude débonnaire ces laboratoires du geste ont poli, façonné les grimpeurs des générations 70, 80, 90. Ils n’intéressaient évidemment personne d’autre.
Puis vint Altissimo, Oloron,les grandes SAE et les petites de poche, pans persos, salles de blocs. Grimpe sous cloche, pierre philosophale de l’entrainement, laboratoire d’un autre idéal, de l’escalade de podium, de championnat et d’olympisme.
Escalade :  sport comme un autre ? A l’égal du tir à l’arc, du plongeon, du ball trap ? Oui a-t-on répondu en cœur. Olympisme, quête du graal, mot qui ouvre les portes du financement éternellement renouvelé.
Les sae  ont fabriqué les nouveaux grimpeurs extraordinaires, mutants génétiques et  la cotation a fait un bon phénoménal en avant. En contrepartie, la liberté a fait elle un bon vertigineux en arrière.
L’escalade de mode de vie et manière d’être est devenue un sport, appelant le Ministère de tutelle et draguant les subventions.
Appâtées et abandonnant la haute-montagne, les fédés ont cadré. Les pros s’y sont mis. Pour équiper une falaise, on se devait d être diplômé.  Faire une déclaration d’équipement. Un cadre pouvait à tout moment venir valider le travail.
Là où avant seul le chemin des prises guidait le désir de découverte et d’équipement, les voies étaient typées et leurs caractères uniques. Grimper c’était d’abord  transgresser la norme et les règles. On pouvait cramer allégrement les feux rouges, bruler les stops, franchir la ligne blanche. Peu de monde sur les falaises.
Arriva l’heure des magazines et des exploits pleine page, de la professionnalisation de la pratique et comme un caillou frappant l’eau, les ondes induites  de la mode naissante touchèrent de plus en plus de monde. Carillonna alors l’heure du tourisme et du vieillissement des équipements. Il allait falloir passer  à la caisse !
Le topo artisanal aux croquis noir et blanc à 6 francs pour payer les points de l’équipeur fut remplacé par le topo couleur à 15€ édité par le club local, la mairie, la communauté des communes. Mais qui pour remplacer l’équipement donné généreusement par le magasin de sport local, la perceuse du menuisier, les cordes dépareillées ? On avait oublié cette ligne dans le prévisionnel.
Les grimpeurs on le sait bien sont radins. Ils photocopient le topo, maintenant ils le scannent au téléphone.
Les mairies propriétaires des sites virent d’un mauvais œil leurs responsabilités enfler proportionnellement au nombre de camions garés au pied des falaises.
Néanmoins, à défaut de soutenir ce tourisme chevelu et sportif, en autosuffisance alimentaire, ils encouragèrent en loucedé la pratique à travers le site internet de l’office du tourisme ou du camping communal. Rubrique : Que faire aux alentours ? Pêche, cyclotourisme et…escalade.
C’est là que ça se corse. Ces bouts de caillou, ces rebords de trottoir derrière la décharge, la carrière, la piscine, le parking, sous le pont, truffés de spits, sont pris d’assaut dès les beaux jours du printemps par des grimpeurs, des familles, des pros avec des clients, des gosses de colonies de vacances. Les gens se pendent sur des cordes, qui se pendent sur des chaines, qui se pendent dans le vide. Et si ça pète ce bordel ? S’il y a un accident ?… Ces voies ouvertes par des initiés souvent pour eux-mêmes avec des plaquettes artisanales et des chaines de supermarché qui les gèrent ? Dès fois les grimpeurs eux-mêmes sont allés taper les mairies.
Alors, au bout d’un moment, celles-ci se sont retournées vers la fédé, ou bien c’est la fédé qui… On ne sait plus très bien qui de l’œuf ou de la poule a planté le premier spit dans la dalle patinée qui conduit aux us et usages actuels.
Résultat, des douzaines de falaise ont été conventionnées. Des pros ont été payés pour réequiper. Ils ont évidemment préféré  réequiper d’abord les 8 parce qu’il y avait moins de travail et moins d’herbe à enlever…
Aujourd’hui, le cd dénonce ces conventions parce qu’il comprend que les centaines d’heure des grimpeurs fureteurs qui cherchent la ligne, le spot, la dalle,  personne ne peut vraiment les payer. Personne n’a vraiment les moyens d’honorer ces conventions vu ce que rapporte l’escalade en général. Et les mairies qu’ont-elles à y gagner à par des emmerdes ? L’escalade n’est pas un club de foot  : pas d’équipe, de sponsors, de match à gagner, pas de buvettes, de clubs de supporters…
Résultat, dans le 65, 3 sites d’initiation “historiques” Beaudéan, la grotte du Loup, le Pic de Jer sont interdits jusqu’à nouvel ordre… les autres ne vont pas tarder à tomber.
Convention : piège à cons ? En viendra-t-on à payer l’accès aux falaises comme sur de vulgaires pistes à raquettes à neige pour soutenir le réequipement des falaises ?  5, 10, 15 € la demi-journée ?  A obliger les grimpeurs à afficher leurs cotisations à jour comme en SAE ?
Les mairies face à leurs responsabilités toléreront-elles longtemps l’accès à leurs sites d’escalade où l’équipement  vieillit et devient douteux ? Va-t-on les interdire ? Il y a effectivement des risques.
En tous cas, les grimpeurs qui devraient gérer ces espaces vont perdre comme toujours une partie de leur liberté en échange d’un équipement inox et de beaux panneaux stratifiés. Ils continueront à aller en montagne ou sur les sites qui ne sont pas aux normes donc non conventionnés et continueront à grimper tranquillement sous le couvert des arbres, à leurs risques et périls comme des grimpeurs adultes et pas des usagers.
Décidément on vit une époque formidable !