Derrière ce roman d’aventure se cache un thriller haletant qui entraine le lecteur aux frontières d’un monde glauque dans le sud de l’Amérique profonde. Hors du temps et éloignés de la justice des hommes, les rednecks autochtones sont à l’image de la nature qui les entourent, brutaux et sauvages.

Le roman raconte l’histoire de quatre citadins (Ed, Lewis, Bobby et Drew) le temps d’un week end d’émotions fortes. Sous l’impulsion de Lewis, un dur à cuire, ils décident de descendre une rivière sauvage de Géorgie en canoë. Outre le plaisir de passer un bon moment entre hommes, les quatre camarades veulent profiter des beautés d’une nature qui sera bientôt engloutie sous les eaux du lac de rétention d’un barrage.

Ce qui au départ n’était une balade tranquille entre copains au cœur de la nature va se transformer peu à peu en cauchemar.
La première journée se déroule sans encombre, en dépit de la rudesse de l’environnement, et la deuxième commence tout aussi bien… Pourtant tout bascule.
Alors qu’Ed et Bobby s’aventurent dans la forêt, ils sont attaqués par deux montagnards. L’un d’eux viole Bobby, avant d’être abattu par Lewis. Après avoir enterré le cadavre, le groupe reprend son chemin. Le citadin en week-end, qui n’est là que pour passer un beau moment, va devoir découvrir le monstre qu’est l’homme et la bête qui sommeille en chacun de nous.
Or Superman/Lewis, le meneur hyper viril du groupe, se casse la jambe au beau milieu du récit et, à partir de là, n’est plus qu’un poids mort pour ses amis. La nature avec laquelle il se croit en harmonie le rejette brutalement. Il ne reste plus à Ed, le bon père de famille, qu’à reprendre le flambeau et se dépasser pour que le groupe survive aux agressions des autochtones hostiles et de la nature sauvage.

Avec Délivrance, rarement un roman raconte aussi bien comment les limites du bien et du mal deviennent improbables et confuses quand la survie est en jeu.

Au terme du roman, on est en droit de se demander si la délivrance consiste à retrouver la civilisation et à échapper aux tueurs de la rivière, ou bien si elle est plutôt la libération des pulsions primitives enfouies en chaque homme. Il pose aussi la question du retour à la civilisation quand l’instinct de survie a transformé l’homme en animal.
Et en filigrane, en pleine guerre du Vietnam l’interrogation qui se posera rapidement à toute la société américaine quand ses vétérans reviendront à la maison.
Delivrance