Lorsqu’ils découvrirent que j’avais assez d’argent sur moi pour prendre une chambre d’hôtel, ils voulurent savoir pourquoi je dormais dans le désert. Impossible d’expliquer ça à des policiers, ou alors il faut faire une conférence.

Une fois de plus, nos valises cabossées s’empilaient sur le trottoir; on avait du chemin devant nous. Mais qu’importe : la route, c’est la vie. Je me suis rendu compte que ces clichés, nos enfants les regarderaient un jour avec admiration, en se figurant que leurs parents menaient des vies lisses et rangées, se levaient le matin pour arpenter fièrement les trottoirs de la vie, sans se douter du délire, de la déglingue, de la déjante des réalités de notre existence, de notre nuit, de notre enfer, cauchemar absurde de cette route-là.

Ne laissez aucun vieux chnoque vous dire le contraire; quand on pense que personne, dans ce vaste monde, n’ose jamais écrire l’histoire véritable de l’amour, on nous colle de la littérature, des drames à peine complets à cinquante pour cent. Quand on est allongé, bouche contre bouche, baiser contre baiser dans la nuit, la tête sur l’oreiller, rein contre rein, l’âme baignée d’une tendresse qui vous submerge et vous entraîne si loin des terribles abstractions mentales, on finit par se demander pourquoi les hommes ont fait de Dieu un être hostile à l’amour charnel.

Un jour, toi et moi, on longera les ruelles au coucher du soleil et on ira faire les poubelles. - On finira clodos, tu veux dire ? - Pourquoi pas mec ? Bien sûr qu’on finira clodos si ça nous chante. Y a pas de mal à finir comme ça.