Vous êtes sûrement une Ministre de l’Écologie bien entourée et bien conseillée.
Faire de la politique, c’est avoir une vision, du courage, de la conviction, une facilité à débattre, un respect du dialogue et enfin le talent de se projeter vers l’avant en imaginant un avenir meilleur et partagé par une majorité de la population.

Et ceci n’est pas donné à tout le monde.

Entre protéger la biodiversité, la beauté, le vivant et l’intérêt supérieur de la nation, vous avez choisi le deuxième postulat et c’est, en temps de crise un choix cornélien que vous avez du évidemment faire pour supporter la pression considérable exercée par les 25 derniers ours des Pyrénées.
Un choix homérique de choisir entre les intérêts de la FNSEA et le reste de la population…
Un choix déchirant entre les deux derniers ours des Pyrénées occidentales et les éleveurs respectueux des contribuables.

On comprend qu’il faut du courage ces temps ci pour faire de la politique et pour choisir entre un pastoralisme équilibré et  l’élevage extensif…( Vous n’étiez pas au courant ? )

On ne vous en tiendra pas rigueur d’avoir signé l’arrêt de mort de l’ours dans les Pyrénées occidentales et sans doute de son extinction définitive sur l’ensemble du massif.
On ne vous en tiendra pas rigueur parce que dans quelque temps, on ne se rappellera même plus de vous.

Pourtant, vous auriez pu changer quelque chose, devenir un ministre important, une personnalité magnifique et marquer votre époque. 
Mais vous n’avez pas choisi l’Écologie, on vous l’a refourgué et ça se voit. Vous auriez préféré l’Intérieur, ou les Affaires Étrangères.

Au parti socialiste, tout le monde se fout de l’écologie mais depuis Borloo, on a l’impression que c’est devenu un ministère important, bancable en termes d’images. Alors on vous a donné l’Écologie !
« L’éco…quoi ? »,  avez-vous demandé à François.

Pour vous l’écologie, c’était le fromage de chèvre et les champs de tournesols, les coquelicots sur fond d’oliviers, le Lubéron, la Camargue pleine de gardians et de placettes remplies de platanes à l’ombre desquelles, on joue à la pétanque en blaguant. L’écologie de gauche, quoi.
Pour vous l’écologie est à la politique ce que la golden est à la pomme, le caniche au Labrador…

Avec un peu de courage, vous auriez pu nous sortir du manichéisme par exemple, tracer un sillon courageux et indépendant, une philosophie, embrasser une conscience (Rabhi, Ellul, Charbonnaux), changer l’ordre libéral du monde, nous élever pour une fois, affirmer que l’écologie était au-dessus des idéologies…

Non, vous avez choisi de laisser dans l’histoire une traçounette bénigne, presque une blague politique.

Face aux doutes et aux questions des bergers et du monde agricole vous avez choisi l’impasse du productivisme et la fuite en avant sans contrepartie.
Vous avez choisi de délivrer un message négatif à l’ensemble des citoyens respectueux des engagements passés, des études scientifiques et d’un territoire réellement partagé.

Vous avez sacrifié l’ours et vous ne sauverez pas le pastoralisme dans les Pyrénées condamné par le clientélisme le plus sombre.
Alors que vous auriez pu sauver les deux ! Ici, aujourd’hui dans les Pyrénées. Cela aurait eu de la gueule, n’est-ce pas ?

Vous ne sauverez pas le pastoralisme comme Arnaud Montebourg n’a pas sauvé Florange, ni rien du tout d’ailleurs.

Quel est le nom de cette écologie qui recule devant tout le monde, des bonnets rouges aux chauffeurs routiers, et maintenant aux éleveurs, qui plie devant  tous les lobbies et tous les intérêts industriels ? 

Vous dites : “L’activité humaine doit primer sur la biodiversité ». On vous retourne la question chère madame le ministre : même dans les Parcs Nationaux ?
Dans les forêts équatoriales, aux deux Pôles, sous les océans, dans les récifs coralliens, les montagnes, les déserts ?
Quelle déception et surtout, quelle connerie ! On devrait donner des leçons aux autres et protéger ailleurs, ce que l’on sacrifie ici ?

” La faune sauvage doit disparaitre là où elle menace les activités humaines”. Même le gouverneur du Texas face aux pétroliers  n’aurait pas osé dire cela.

Mais chère Ségolène, la faune sauvage doit alors disparaitre partout ! C’est une menace planétaire ! L’ours blanc est une menace, le tigre est une menace, l’orque, le requin blanc, le pélican, l’éléphant tout est menace pour l’agriculture et l’élevage mondial.
Jamais le paysan, l’éleveur, le pêcheur n’a vécu en harmonie avec le prédateur ! Nulle part sur cette terre !

C’est le principe même de l’agriculture que de s’étendre au détriment de la nature ! De la contraindre, de la domestiquer et de l’éliminer s’il faut. Cultiver, c’est rentabiliser.
Depuis quand une espèce sauvage, non domesticable est-elle productive et rentable ?
Pour une ministre de l’Écologie ne pas savoir cela, c’est fort ! Ce qu’on demande à un ministre de l’Écologie, c’est de préserver l’existant, d’organiser la cohabitation, voir de l’anticiper pour les générations futures.

De José Bové à NKM  en passant par vous, on a en France l’écologie qu’on mérite ! A quand un ministère de la peste et du choléra ?

Chère Ségolène, on vous aime quand même, parce qu’on a bien compris que vous étiez  unique.
On va vous montrer que dans les Pyrénées, on n’est pas rancunier. Alors, si vous devez revenir nous voir, on vous offre quelques propositions simples à caser au hasard de vos discours face aux élus ruraux.

Le Régent c’est bon pour les dents !
Le Gaucho c’est trop beau !
Le Round Up pour tous ! 
Les nitrates ça m’épate !
Les algues-vertes c’est plein de fer !
Vive le Lindane !
De l’eau oui, mais pour le maïs !
Les lobbies c’est rigolo !
Un coup de barre ? Monsanto, (ou BASF ou Bayer) et ça repart !

Ou encore,
Trop de vautours tue le vautour !
L’ours oui, mais pas chez nous !

Enfin,
Un ours ça va, c’est quand il y en a plusieurs…
Ou alors,
Le bruit et l’odeur… des prédateurs.

Quand Delphine Batho claquait la porte du gouvernement mettant en avant la pression des lobbies, on comprend mieux maintenant ce que vous devez endurer.

Alors courage pour la suite. Votre mandat risque d’être long.

Il reste 25 ours à renvoyer chez eux, des vautours douteux, des loups sans passeports…
Il reste aussi des renards, des corbeaux, des martres, des blaireaux, des hermines, des belettes, des cormorans, des pétoncles, des bigorneaux…

Il reste 500 000 paysans aussi, mais pour eux, vous ne pouvez déjà plus rien. (Le nombre d’exploitants a diminué de 21% entre 2000 et 2010)

Quand aurez-vous le courage de le dire ?

Et que ce n’est pas trois bouquetins qui changeront quelque chose à l’histoire, sauf à justifier comme d’habitude, un bon paquet de subventions.

Je ne vous embrasse pas, tout ce qui est faux m’irrite.