Depuis 20 ans j’ai suivi en feuilletant les cahiers décharnés du Rest-House ton exploration effréné des montagnes de Rum. Tes premières visites sur les grands murs de Nassrani et de l’Ishrin on peut les voir depuis le village, leurs tracés se dessinent parfaitement au soleil couchant. En 1995, nous avons longuement observé Jolly Joker avec Pierre et Buny avant de se lancer dans ce génial voyage.
Je reste béat d’admiration sur ton sens de l’observation des murailles. Je sais par expérience qu’elles mettent parfois longtemps à livrer leur secret… Toi tu devais avoir tes entrées! On a pas encore découvert voie plus normale que Hiker’s Road pour fouler la cime du Nassrani Nord, et ça aussi il fallait le faire!
« Enfoiré de Precht », nous l’avons vociféré tous les trois en coeur quand toujours en 1995 après avoir gravi Rock Fascination nous avons erré pendant 5 heures sur les dômes et les siqs de la cime du Kharazeh pour trouver la descente que tu indiquais avec une sobriété déconcertante… La nuit nous a enveloppé, les flammes de branches d’un genévrier nous ont protégé de la nuit froide du désert.
Et cette expression, c’est avec plus de fougue et de colère qu’elle nous a permis avec Arnaud de s’affranchir des surplombs de Never Say Never…
Et déjà cette parole au verbe haut il me tarde de la clamer encore, continuer à ne rien comprendre à tes horaires d’extra-terrestre, à chercher ma route à travers la tienne, ma descente quand toi tu as depuis longtemps regagné la terre ferme!
Merci Albert Precht, merci pour ces oeuvres que tu laisses de part le monde. Elles m’ont donné de riches heures à vivre en Jordanie, à Oman… J’irai voir en Corse.
J’aurais aimé te rencontrer Albert, il y aurait eu entre nous peut-être le rempart de la langue, juste un instant croiser dans ton regard cette détermination sans faille qui sied au voyageur de muraille que tu étais.

Christian