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” On a passé la nuit à Barbastro, où les habitants nous ont reçus à bras ouverts. Mais là encore, ça a été toute une histoire pour la croûte. L’intendance ne suivait pas. Il n’y avait pas de logistique. Dans une troupe, il faut que les choses matérielles soient réglées, sinon c’est la foire d’empoigne, quoi… Il faisait très chaud en plus… C’est beau l’Aragon, mais en été il fait aussi chaud qu’en Algérie. Le soleil est intense. Autant il fait froid en hiver, autant l’été est brûlant. Ça tape très dur. Les Aragonais, d’ailleurs, ont une morphologie particulière. C’est une race montagnarde, même si c’est un pays de plateaux. Des femmes en noir, des types très puritains, des militants rudes. “

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” Tu ne comprends pas ce qu’on te dit. En fait, il ne faut jamais être dans une armée dont tu ne parles pas la langue…”

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C’est un peu difficile d’être anar, tu sais. Le changement soudain de la société, on a autant de mal à y croire qu’au mythe de l’Immaculée Conception. Faut avoir la foi. Pas d’autorité, d’accord, mais s’il y a mésentente, qu’est-ce qu’on fait ? Moi, cette question m’a toujours intéressé. L’Etat se reconstitue toujours, tu comprends. Ça peut être sous une forme syndicale. La FAI a dû recréer sa police. Et puis les anarchistes se font toujours avoir et, quand ils sont confrontés au pouvoir, ils deviennent ministres.”

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Moi, je suis libertaire, par nature, mais il faut bien battre monnaie. La société ne se passe pas de droits écrits, elle ne se passe pas de systèmes répressifs. Tout est une question de mesure. Ou t’es dans le système mécaniste du matérialisme, qui est un déterminisme où il n’y a pas de valeurs morales. Ou t’es dans l’anarchie qui, elle, est une doctrine morale qui part d’autres données… mais, bon, je ne suis pas philosophe…”


 
Propos recueillis par Phil Casoar, à l’été 1984