Jamais d’image surimposée, surcomposée, surfabriquée.
Jamais on ne sentait le poids du photographe qui nous proposerait une image comme on repasse un plat trop lourd.
Son art reposait sur la simplicité, la précision, la fluidité, la limpidité. Didier était humain, vraiment humain. Quand il partageait un projet, il s’effaçait derrière lui malgré son corps massif et sa timidité palpable.
Il le servait avec son idée de la lumière. Il ajoutait son amour infini de la nature, de la montagne, des hautes terres qu’il parcourait, où il se sentait libre et heureux.
Ces images venaient de la peinture, certainement de la peinture, dans le corail des peintres anciens, dans l’épaisse matière des natures mortes d’un Georges de La Tour, d’un Nicolas Poussin, d’un Caravage.

Didier était sans doute de ces hommes, qui, cherchent longtemps le langage avec lequel ils peuvent nous communiquer les instants captés, volés à l’éphémère, au déclin du jour.
L’ayant une fois trouvé, ils n’ont plus guère à changer, car ils peuvent tout éclairer ce qu’ils sont seuls à voir.
C’est ce qui fait le don unique de l’artiste qui peut tout accueillir de ces choses indicibles qui viennent du cœur autant que de l’esprit.

Le ciel strié de longs stratus, l’ombrée des grands sapins, le miel des pelouses resteront gravés à jamais dans « Bergers contre le ciel », ce livre infini.

La silhouette du pin à crochets a été recouverte par la vaste nuit.

« Ce qui n’est pas à l’amour est autant de perdu », dit Guillaume Apollinaire dans ses Lettres à Madeleine.

Ce qui n’est pas à l’amour est autant de perdu.

Salut au montagnard, au marcheur infatigable, salut l’artiste !