Je suis père de famille; j’aime mes enfants et ma femme, j’aime mes amis, j’ai toujours été honnête, je n’ai jamais oublié de payer une contravention, je n’ai jamais agressé personne, je suis professeur à l’université par vocation et je préside un parti créé il y a 86 ans, et jamais terni par la corruption. Pourtant, je suis en prison, sans avoir été jugé, alors que j’ai toujours assumé mes responsabilités. Je ne me suis jamais caché et je continue de les assumer, dans la mesure où mon maintien en détention et les conditions me le permettent.

Ma prison est très éloignée de mon domicile, comme c’est le cas pour Quim Forn, Jordi Cuixart et Jordi Sánchez. Nous avons demandé notre transfert en Catalogne, ce qui est notre droit. A défaut de changer notre condition de prisonniers, cela faciliterait les choses à nos familles, en leur évitant une peine si lourde. Je me demande, en voyant ce qui se passe, si tout cette situation ne cache pas une volonté de punir et si elle n’implique pas une condamnation. J’insiste sur le thème des valeurs avec mes adversaires politiques. La violence, par exemple, n’est jamais la bonne manière de traiter la population, qui manifeste pourtant pacifiquement. Pas plus que les coups ne sont une solution à quoi que ce soit, en dépit des efforts du gouvernement espagnol pour les justifier, au nom de la loi. Faire appliquer cette loi à coups de matraque semble être la recette préférée du PP et de leurs alliés dans leurs relations avec de nombreux citoyens catalans. Comme à la vieille école, la meilleure éducation se fait à coups de trique. J’insiste aussi sur le dialogue. Mais il semble que seul le dialogue entre le PSOE et le PP, ou avec l’aile droite du PP, soit possible. Bien que le PP soit une vieille droite rance, ceux qui se situent encore plus à droite s’attachent chaque jour un peu plus à faire régresser la démocratie. Il semble aussi que le seul sujet qui les rassemble soit le degré de répression qu’ils estiment nécessaire de nous opposer. Il y a quelques jours, le candidat du PSC a osé parler d’une possible grâce, la condamnation paraissant déjà établie. Tout de suite, on lui est tombé dessus et le PSOE l’a obligé à rectifier le tir. C’est ce qu’il a fait, bien sûr. Triste épitaphe à tous ceux qui voudraient resserrer les liens au lieu de continuer à creuser l’écart

Le 21 décembre, nous allons pouvoir voter à nouveau. Même si, de toute évidence, nous ne sommes pas sur un pied d’égalité. Bien que cela semble faux, il nous faut insister sur le fait que tous doivent s’engager au préalable à respecter l’issue du scrutin. Ce n’est pas ce qui se passe. Car un accord en toute bonne foi ne peut s’accompagner de menaces. Sauf c’est uniquement pour la forme. C’est pour cela que je demande une fois encore que le résultat soit reconnu, respecté et appliqué d’un commun accord. Sans coups de matraque, merci. Et ce, quel qu’il soit. Je demande également, urgemment, que les exactions de l’extrême-droite ne soient plus permises un jour de plus, exactions qui restent impunies malgré les nombreux témoins.

Le dialogue et le vote, dans le respect et la reconnaissance mutuels, seront toujours préférables à la résolution de différends par des coups de matraque. Cela a toujours été ma conviction et j’aimerais qu’elle soit partagée par tous. Il faut bannir les mots durs et prôner la paix. C’est une valeur universelle au cœur du vivre-ensemble, qui est pour moi primordiale. En fin de compte, nous cherchons tous à vivre et à vivre ensemble, dans le progrès économique et social. Lorsque quelqu’un a recours à la violence pour imposer ses idées, il piétine les bases de ce vivre-ensemble et d’une prospérité qui malgré tout n’a pas cessé de porter ses fruits (les données économiques des deux dernières années en sont la preuve), grâce à l’effort d’une société catalane qui n’a pas perdu son remarquable esprit d’entreprise.

Cette tribune, publiée à l’origine sur le HuffPost espagnol, a été traduit par Anne-Laure Martin pour Fast For Word.