2012 marque les 300 ans de la naissance de Jean-Jacques Rousseau…Le 28 juin 1712 est pourtant une date que le philosophe détesta toute sa
vie. “La naissance fut le premier de mes malheurs”, aimait-il à
rappeler, sa mère étant morte en couches et son père l’abandonnant
quelques temps après.Les Confessions, Émile, Du Contrat Social, Le Discours sur l’Origine et le Fondement de l’Inégalité parmi les Hommes sont des pierres d’achoppement de notre philosophie occidentale. Sorte de cairn parmi ces œuvres majeures, les Rêveries du Promeneur Solitaire tiennent à la fois de l’autobiographie et de la réflexion philosophique. Elles constituent le dernier des écrits de Rousseau, la partie finale ayant vraisemblablement été conçue quelques semaines avant sa mort, et l’œuvre étant inachevée. Beaucoup les considèrent comme un des plus beau texte de la langue française.
“Quand le soir approchait je descendais des cimes de l’île et j’allais volontiers m’asseoir au bord du lac sur la grève dans quelque asile caché ; là le bruit des vagues et l’agitation de l’eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation la plongeaient dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m’en fusse aperçu. Le flux et reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence sans prendre la peine de penser. De temps à autre naissait quelque faible et courte réflexion sur l’instabilité des choses de ce monde dont la surface des eaux m’offrait l’image : mais bientôt ces impressions légères s’effaçaient dans l’uniformité du mouvement continu qui me berçait, et qui sans aucun concours actif de mon âme ne laissait pas de m’attacher au point qu’appelé par l’heure et par le signal convenu je ne pouvais m’arracher de là sans effort.”














